George Steiner (1929 - )
Maîtres et disciples (2003) - Si Steiner est incontestablement un maître, il ne veut pas tellement avoir de disciples. Quelques-uns peut-être. Intellectuel, philosophe, professeur, historien des idées, essayiste, passeur de lettres, Steiner dans cet essai est tout à la fois, et il aborde la question centrale de l'autorité : qu'est-ce qui légitime une personne à enseigner à d'autres, où se trouve la source de l'autorité ? Dans la pratique scolaire, le bon maître est celui qui pousse l'élève sur son propre chemin après l'avoir armé. Son rôle est cependant ambigu car s'il doit érotiser le savoir, le maître peut abuser de ce pouvoir. Or, dans époque d'irrévérence et de barbarie au sein même de la culture, la condition de disciple, de celui qui doit in fine dépasser le maître, est plus compliquée, parce que notre société s'est dotée d'affectations parasitaires qui sont autant d'obstacles sur la voie de la transmission du savoir..
"Il n'est pas de communauté, de credo, de discipline ou de métier sans ses maîtres et ses disciples, sans ses professeurs et ses apprentis. Le savoir est transmission. Dans le progès, dans l'innovation, si tranchants soient-ils, le passé est présent. Les maîtres gardent et font valoir la mémoire, mère des Muses."
(p. 153)